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La chronique
précédente faisait un « portrait chinois » de ce poète, qu’Alain
Helissen et moi, en complicité avec la médiathèque Verlaine de Metz,
avons reçu le 21 mars dans les Samedi
en poésie. ![]()
Je me méfie beaucoup du lyrisme, entendu comme expression exclusive des sentiments personnels, de la complaisance et de la facilité formelle qu’elle engendre très souvent. Mais je ne repousse pas les sentiments, bien au contraire. C’est un chemin étroit à suivre… On passe à de
nouveaux livres, on est abasourdi. Que de matière ! que
de thèmes entrecroisés ! Chacun d’eux se déploie de manière fractale,
chacun des poèmes devient à son tour un monde en soi, l’ile voisine de
l’archipel se dégage de la brume et se révèle à son tour comme un
archipel miniature. Tout cela fait coexister des créatures diverses,
foisonnantes. Une bio-géographie. On y découvre, par
exemple, qu’il a donné à deux de ses livres la forme d’un jeu de l’oie.
L’un d’eux, L’ultime Thulé
(2018), rebondit sur la légende d’un saint irlandais navigateur
recherchant le Paradis. Il y est proposé de lire les poèmes dans
l’ordre que déterminera le jet du dé (on peut y jouer directement sur
le site Au Monomotapa). Avec cette méthode,
on n’est jamis sûr de pouvoir lire le dernier poème du livre.
Commentaire de Gérard Cartier : Certains n’atteignent jamais l’ultime Thulé ‒ il est des songes inféconds ou désastreux. Plus largement, on y perçoit les lignes de force de l’œuvre : le goût du voyageur pour les cartes, la géographie, une prédilection pour l’histoire, une urgence de la dire, que Gérard explique par sa naissance au pied du Vercors. L’histoire de ce maquis détruit par les troupes allemandes a marqué sa jeunesse, a suscité trois de ses livres, poésie et roman, et par extension, l’intérêt pour l’Algérie, la Palestine, comme dans Le Hasard, pour les migrants de toutes époques, comme dans le poème « La frontière (Saorge) » du Voyage intérieur : …ici des vieillards courte force de bras mais longue mémoire où passèrent tous les bannis juifs communistes descendant la Roya par les chemins de crête Ou encore, le
destin de Robert Desnos, assassiné à Terezin, auquel deux
livres ont été consacrés. « …je compte et corrige Le projet de réactiver la poésie
épique, en étant sourds aux triomphes et pitoyable aux victimes…
On pourrait ajouter un projet quasi encyclopédique qui s’exprime dans Le voyage de Bougainville (2015),
et s‘épanouit dans Le voyage
intérieur. Je les envie, ceux qui écrivent
comme ils vivent, dont le poème est un sous-produit de la machine
humaine, au même titre que le gaz carbonique ou les larmes […] Il est temps de
redescendre vers le sol des poèmes ! Ces
quelques vers des Amours de Loris, qui feront peut-être percevoir le
frémissement lyrique, dont je parlais au début de cette chronique
? Ton silence est une longue aiguille fichée dans ton cœur dont tu crois te châtier mais au fond de la nuit une aile bat clouée à ton portrait sans pouvoir s‘arracher mais une langue dans l’infra-rouge crie ou encore : L’enfant aux yeux bandés qui cherchait la lumière repoussant de la main devant lui les étés l’enfant solitaire qui jamais ne croyait son désir toucher le voici dans l’âge infertile titubant devant l’ange éblouissant (lac d’A***) |
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