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Ouverture
On
écrit avec ce qu’on a lu. Pour ou contre, sans doute, mais jamais sans. Voici
quelques années, rêvant à cette évidence, je proposai à quelques écrivains amis
une sorte de consigne : donner à la fois des textes de création neufs et,
en parallèle, d’autres mettant en évidence ce dialogue muet que chaque auteur
entretient avec ses pairs ou modèles ; je réunirais le tout en un volume
et ainsi se dégagerait pour chacun une espèce de trousseau de clefs de
lecture : dis-moi qui et comment tu lis, je comprendrai mieux ce que tu
écris. Ce serait comme un art poétique, par le truchement du regard porté sur
les autres. J’imaginais bien que l’entreprise permettrait de prêter une
nouvelle vie à des réflexions consignées dans les pages de revues devenues
difficilement accessibles. Je comptais également servir la poésie
contemporaine, si mal connue du public, en croisant les regards. Il allait de
soi, en effet, que les auteurs évoqués seraient vivants, ou, au moins, récents.
Le
premier à contribuer à cette entreprise fut Pierre Dhainaut avec Dans la Main du Poème. Marie-Claire
Bancquart lui succéda avec Entre Marge et
Présence, avant les Lettres
imaginaires de Lionel Ray.
En
écriture, les consignes doivent être interprétées : les livres ne se
copient pas et le projet me paraît enrichi de leurs différences. Gérard
Cartier, sollicité très tôt, m’avait répondu, avec un sourire un peu
énigmatique, qu’au fond, la plupart de ceux qui avaient nourri son écriture se
trouvaient dans les manuels scolaires de son adolescence ; mais que si nous
étions disposés à accepter ses références, sa contribution viendrait. La
justesse de son propos m’avait frappé, soulignant le lien entre les générations
d’écrivains et la futilité d’opposer Anciens et Modernes.
Il
aura fallu presque cinq ans (de 2006 à 2010) pour que ce gigantesque parcours
soit achevé. Tout m’est bonheur dans cet ensemble. Qu’on ne se méprenne
pas : on est bien loin d’une collation de pastiches brillants : le pastiche reprend les tics, il ne crée
pas, il est même étranger à qui le pratique. Il vaudrait mieux parler
d’innutrition. Les auteurs sont souvent évoqués de façon lointaine ou
détournée, le style des textes s’écarte parfois notablement du leur. C’est un
corps-à-corps de l’écrivain avec les paroles qui l’ont bâti et dans cette
cohorte de voix qui s’élèvent, la sienne, toujours, se distingue et résonne.
Jean Le Boël
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