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Cabinet de société

(Éditions Henry / Écrits du Nord, 2011)
 

Cabinet de société est dédié « aux saints Lagarde et Michard » de notre adolescence. Les auteurs classiques, et quelques modernes, y sont évoqués (souvent sous un déguisement) dans de courts récits aux tonalités variées : fictions, divagations... et exécrations. « Ni roman ni essai, Cabinet de société est une sorte d'épopée avec, comme héroïne principale, la littérature » (Jean Le Boël)

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Extraits



 

(Chemins d’Auvergne)

 

Pas un souffle. Rien ne bouge, sinon les mouches, et des myriades de sauterelles saccageant les prés. L’été pèse comme une armure. Les ruisseaux sont si maigres qu’on se croirait en Campanie. Parfois, entre deux rochers, la croupe du Méjean où flottent mollement les étendards d’Ancelin. Si ce n’est lui et les siens, le pays semble abandonné. Une femme parfois sous un talus, ou un chien égorgé. Mais que m’importe de me risquer ? Rien ne me fera dévier de ce chemin qui descend vers l’Espagne. On dit que là-bas la montagne est haute et sauvage, les loups y prennent ceux qui vont seuls, les Basques brûlent leurs maisons à notre approche et ne nous laissent que la pluie et la faim, et l’infidèle est en bas qui attend dans les bois. À peine si tout cela me touche. Je pense à Séléné. Mon cœur est gros de cette passion trop longtemps refusée. Elle que j’ai chantée follement, cachée de tous sous ce nom chimérique, elle était lune en effet et a passé comme elle. C’était de ces femmes mêlées qui vous enivrent et ne vous laissent qu’une éternelle nostalgie.

Sous le causse, à l’orée de la forêt, une croix de troncs écorcés signe le lieu où Ancelin s’est arrêté. Il y a là un millier de bricons vautrés sous les arbres et cent gros chevaux qui broutent les luzernes. Le roman, je le leur donnerai d’un trait, deux heures durant sans débander, tant qu’à la fin leurs gourdes seront vides et qu’ils s’endormiront demi-nus dans les herbes. Ils veulent du sang et de l’or : je leur couperai des nez et leur fendrai des armures, le cheval avec le cavalier, puis je leur jetterai aux pieds les trésors de Saragosse. Ils veulent rêver : je leur donnerai les sept Espagne et je les multiplierai. Ils s’abattront au milieu des harems, ils sueront dans l’agonie, un nuage lumineux les enlèvera au ciel – ils en resteront bouche bée, comme s’ils entendaient le cinquième évangile. Si la mémoire me fait défaut j’y mêlerai ma vie, le soleil et les loups, car moi aussi je souffre sur les chemins, et l’ombre de Séléné.

L’orage toute la nuit a renâclé sur l’Aubrac. Les chemins sont couverts de boue, les chevaux peinent, les chariots se renversent dans les fossés. J’ai laissé l’armée et pris par les collines, à travers les forêts de châtaigniers. Dans l’ombre des talus, de grandes digitales vacillent sous la queue du cheval qu’agace une nuée des mouches. De loin en loin de petites églises penchent dans les orties. Cela vaut bien les cathédrales d’Allemagne et les citronneraies de Naples. J’ai beaucoup vu, je me suis émerveillé : aujourd’hui, un verger de poires, clair et ordonné, un ruisseau bordé de saules, une petite Vierge dans une niche à l’angle des chemins, cela me comble mieux qu’autrefois les duchés d’Italie. Je ne suis plus fait pour le bonheur. Complaisance ou vérité, je ne peux oublier mon amie. J’ai fait de moi une châsse, elle y est ensevelie, je la revois sous son bandeau, les yeux fermés, embaumée dans son éclat. Le chemin tourne longtemps dans les collines. Enfin, dressé sur son éperon, voici le château du vice-roi des Bourines : dix pierres sèches couvertes d’un drapeau, et un grand ciel pommelé qui passe sans se poser.

Le froid est venu d’un coup, dans la grande salle le feu tousse, le vent qui descend par le trou me chasse la fumée au visage. Ils sont là à boire et à se lutiner, tandis que je m’évertue avec des héros morts depuis belle lurette. Ces géants dont l’épée fendait les rochers, étaient-ils autres que ceux-ci ? Je pousse péniblement mon roman, frappant du pied sur les dalles pour faire écho aux vers : ahan… sang… dolent... Ils dodelinent sur l’épaule de leur voisine et leur main glisse insensiblement sous la nappe. Je m’en vais vous les rappeler, moi : Aoi ! Le double clerc qui sommeillait reprend vitement sa plume et s’absorbe dans sa tâche. Sa main court après moi sans me rejoindre. Je multiplie les embûches pour le semer, il lève les yeux, se renfrogne, puis sourit lui aussi, et nous sommes comme deux lutteurs qui s’étreignent sans vouloir la victoire.

Il me fera donner un repas de gras et deux pièces d’argent de Poitiers. Peut-être, si le vice-roi se souvient de mon nom, passera-t-il aux châteaux voisins, et je trouverai ici, quelques semaines, une sorte de rémission. La servante aux traits maures sur quoi mes yeux prenaient appui pour louer Séléné sous un autre nom, contre un demi-denier me rejoindra peut-être ; ou bien, sans me tenir rigueur de mes rodomontades, elle qui a oublié l’Alcoran, et toute sa parentèle, viendra-t-elle d’elle-même, enivrée par l’aventure, se frotter au prestige de ma bouche. C’est que le cœur, même aux servantes, est trop vaste pour se satisfaire des Bourines et de l’Auvergne, et qu’il veut approcher cet au-delà qui affleure parfois dans les vers. Cette nuit, je rêverai de nouveau de Séléné, comme au temps de ma force, et j’embrasserai ma gloire.

Dix années ont passées, ma tempe est blanche. Nous campons depuis des mois au pied des murs d’Antioche. Les chevaux hennissent, les épées tintent, la poussière fume : tout est vrai. L’ennemi a peu de visage, et moins de droiture encore. Femmes plutôt qu’hommes. Ils vous percent d’une flèche dans le dos et s’enfuient sans combattre, ou vous décollent la nuque de leur sabre sans sortir du buisson où ils se sont cachés. Leurs émirs sont faux comme des valets, ils tuent au poison et tiennent des serpents dans des couffins pour les ambassadeurs. Il est juste qu’un quartier de lune leur serve de drapeau. Quant à leur langue, quel effort il nous faut faire pour y répondre sans sortir de l’humanité… Certes, nous n’aurions pas pensé que ce pays fût si rude, ni ses hommes si vils.

Nous resterons ici tant que Jérusalem ne sera pas reprise. Leurs temples seront rasés, il n’en restera que le plan dans les collines, et le nom dans les récits de nos successeurs, qui en réjouiront les potentats d’Auvergne et s’en réjouiront dans leurs servantes. Nous, nous resterons ici pour toujours, nous en ferons un paradis. Oranges et citrons, fenouils, bois de cèdres, rien qui n’y soit à notre goût. Je me retirerai dans la montagne, au-dessus d’Antioche, une maison arabe barbouillée au lait de chaux, trois fois rien, une porte basse et une salle au sol battu. Un verger, quelques biques, un jardin sec qui fournira pour l’œil et pour le nez. J’y oublierai tout, le causse boueux et les tumultes de la guerre. Je pourrai enfin me livrer à Séléné. Elle me sera tout jusqu’à la mort, mieux qu’autrefois peut-être, non la lune variable mais un soleil constant.



 

(Pedro Gonsalvus)

 

Puisque nous sommes prisonniers de cet orage qui a emporté les ponts et submergé les routes, je vous mets au défi de poursuivre ce qu’une autre s’était proposé autrefois dans les mêmes circonstances : terminons ce que la mort l’a empêchée de mener à bien et égalons ainsi, elle et nous, le maître des contes. Toi, je t’en dispense. Ces divertissements t’ennuient, tu nous le ferais payer par le récit d’une de ces cruautés du temps que tu affectionnes. Tu tiendras la plume. Puisque l’idée m’en revient, il est juste que je débute. Prends soin de bien noter les noms et les lieux. Ils sont étrangers, mais tout est vrai : les faits que vous entendrez, jusqu’aux plus extraordinaires, peuvent être datés et vérifiés. Je vous enjoins de faire de même. Il est trop commode, comme le font d’ordinaire les littérateurs, de s’abandonner à sa fantaisie. Mais puisqu’il s’agit de l’amour et du cœur humain, nous devons faire œuvre de vérité. Notre sujet est assez vaste pour les vingt-huit récits qui complèteront le livre. Je serai brève. Il faut atteindre le nombre, et j’ai l’espoir de reprendre bientôt la route. Mon mari me manque, je n’aime pas l’abandonner longtemps. Et pour faire agréablement passer le temps, les contes doivent n’être que d’un instant.

Pedro Gonsalvus avait la face velue comme un singe. Non le menton et les joues seulement, mais le front, le nez et les pommettes, recouverts d’un long pelage roux, et tout le corps. Les anciens prétendaient que la beauté ne réside pas dans les formes corporelles, mais dans les pensées et dans les actions. Et qu’il n’y a pas de beauté sans mélange. Mais avoir commerce jour et nuit avec la laideur ! Car il eut une femme, dont il jouit tout son saoul, une belle hollandaise à la peau de lait, à qui il fit don de deux enfants à son image, une chevêche et un lionceau. Essayez de vous mettre à la place de cette femme : un pas lourd dans la nuit réveille le parquet du couloir, elle voit sous sa porte vaciller la lueur d’une bougie, le battant glisse lentement sur ses gonds. Elle s’enroule en vain dans les draps, elle ferme les yeux pour échapper au monstre, elle sent son haleine, son baiser enseveli sous la fourrure. Elle tressaille et dit en elle : mon Dieu, si je ne gémis pas, donne-moi ton indulgence.

La dame eut un amant, qu’elle recevait les nuits de maigre. Ces soirs-là, son mari était en service à la cour du Gouverneur qui donnait réception à l’un ou l’autre des ambassadeurs en poste aux Pays-Bas. Le gibbon y paraissait comme conseiller, il lui était interdit de parler, sinon tout bas à l’oreille de son maître. Son allure et ses manières frappaient l’imagination des députés de ces peuples étrangers et leur faisaient concevoir que le Duc de Parme possédait par lui des pouvoirs occultes qu’il fallait ménager. Afin de ne pas éclipser Madama Marguerite, qui entrait alors dans ses soixante ans, les femmes étaient exclues de ces cérémonies – si nous pouvions en faire de même ! Les échanges diplomatiques se poursuivaient par un concert et des joutes littéraires qui se prolongeaient jusque très tard dans la nuit.

Vers minuit, l’amant frappait à la porte du couloir donnant sur le jardin, trois coups pressés suivis de deux après un intervalle. Elle avait depuis longtemps chassé sa servante. Elle ouvrait le loquet précipitamment, ayant soin que la nuit fût parfaite, les volets tirés, les chandelles éteintes et tous les flambeaux jusqu’au fond des antichambres. Elle ne sentait d’abord que son parfum, puis ses lèvres effleuraient les siennes, et ses bras robustes l’emportaient. À peine se souvenait-elle d’autre chose que d’un corps souple entre ses bras, et de la voix qui murmurait son nom à son oreille, douce comme un cédrat. Elle l’appelait Sol-di-nott’ : Soleil-de-nuit. Un bal masqué avait fourni l’occasion de leur rencontre. Il avait fait son déguisement d’une grande étoile, des flammes d’or dévoraient son visage, à peine si l’on y devinait deux yeux sombres perçant la fournaise. Il avait peu parlé, de pays étrangers et de l’amour qui déchire – mais avec tant de profondeur, et il avait un instant tenu si tendrement sa main, qu’elle avait conçu pour lui l’un de ces attachements immédiats que la raison ne sait pas dominer.

Après beaucoup de refus, d’hésitations, à quoi il avait fait face bravement, elle avait consenti à un entretien au fond du jardin d’une amie, cachés l’un de l’autre par une haie afin de ne pas éveiller les soupçons. Des mains effleurées, des baisers plus tard à travers les feuillages, des étreintes en secret dans l’obscurité d’une ruelle de Namur, jusqu’à cette première nuit où, après trois mois, tremblante et coupable, elle avait tiré pour lui le loquet. D’autres nuits avaient suivi, ils avaient maintenant leurs habitudes. Ils se jetaient en riant tout vêtus sur le lit, lui gardant son épée au côté, elle habillée par jeu d’une robe de batiste ou d’une camisole. Il avait voulu ajouter à leurs plaisirs en lui rappelant celui qui, au même instant, arborait au milieu des nobles son visage de fable. Mais elle s’y était refusée obstinément, le repoussant au contraire, lui mordant l’oreille et lui griffant le cou. Il avait renoncé, se contentant parfois d’une obscure allusion qu’elle devinait aussitôt. Ne me tourmentez pas, je suis plus que lui dénaturée…

Le dénaturé ne devinait rien. Plus que jamais il lui faisait horreur quand, les pieds pesants, une flamme tremblante à la main, il parcourait la nuit le couloir de sa chambre. Elle fermait plus fort les yeux, et pour feindre d’être à lui s’essayait à penser à l’amant. Mais de son plaisir à ce monstre, quelle distance ! Son odeur lui répugnait, son corps hirsute la glaçait, la langue épaisse qui forçait ses lèvres lui donnait la nausée.

Une nuit, l’amant annonça qu’il devrait s’absenter quelques semaines pour participer aux États-Généraux. Elle se vit avec effroi demeurer seule en compagnie du mari et des deux petits faunes. Mais quelques jours plus tard, Gonsalvus l’avertit à son tour qu’il quittait Namur pour suivre le Gouverneur dans ses affaires. Elle resta seule, espérant des lettres, qui vinrent empressées de l’amant, et plus paresseusement du mari. Les États-Généraux duraient. Les parties réunies pour l’Assomption avaient repoussé jusqu’à Toussaint la date d’une entente. Elle regardait les forêts sur les collines frémir sous le vent, rougir, se mordorer, ce ne fut plus enfin qu’un champ de squelettes comme on en voit sur les estrades des universités. Un soir, peu avant Toussaint, assaillie par le chagrin, elle s’introduisit dans la chambre de son époux, voulant revoir le tableau qui y était pendu, qui reproduisait la bataille de Harleem où son père avait été tué. Vainqueurs et vaincus, la veille du jour des morts, en célébraient encore le souvenir.

Les coffres avaient été retirés, emportés avec leur cargaison d’habits et de livres, et la pièce ainsi dégarnie lui sembla plus étrange que jamais, ses fenêtres voilées de tulle noir et ses murs presque nus d’où miroirs et portraits étaient depuis longtemps bannis. Elle aperçut pourtant, sur un guéridon, un coffret de cèdre qu’elle n’avait jamais vu, que d’ordinaire, peut-être, dissimulait une grande Bible couchée sur un lutrin. Qu’auriez-vous fait ? Je parle aux femmes, je crois qu’un homme ne l’aurait pas même remarqué. Il était fermé d’une serrure à clé discrète, mais très forte. Elle souleva les rideaux et les tapis, retourna le matelas, sonda les rainures du parquet, en vain ; sans doute avait-il emporté la clé. Qu’importe. Elle se sentit terriblement lasse. Sa vie se dressait devant elle, nue et ingrate, une chambre mortuaire – n’était, près du chevet, le petit fauteuil qu’affectionnait Antonietta. Elle venait s’y pelotonner le soir, tenant dans ses bras la chouette apprivoisée qu’on lui avait donnée pour ses dix ans, et elle écoutait dévotement son père lui raconter ses histoires des vieux temps de Ténériffe, où il était né. La honte et la pitié la submergèrent, elle repoussa violemment du pied le petit siège, qui bascula en répandant ses coussins. Une clé tinta sur le parquet.

Le coffret avait deux tiroirs intérieurs. Dans le premier était un flacon d’un parfum qu’elle reconnut aussitôt : elle ferma les yeux et se sentit transportée dans les nuits de maigre. Elle crut à une cruauté de son imagination, que l’absence avait exaltée au-delà de toute mesure, et elle ouvrit avec terreur le second tiroir. Il y avait là, soigneusement déployé sur un rectangle de satin, un grand masque de peau que le bois éternel préservait du temps. Elle se jeta sur le lit en sanglotant. Vous qui vous moquez des attachements conjugaux, qui vous composez le visage et la voix pour tromper celle qui a fait vœu de vous accompagner toujours, puissiez-vous devenir aussi laids que Pedro Gonsalvus et connaître alors les tourments de l’amour !



 

(L'Antigone de Racine)

 

Entre 1676 et 1678 Racine ne publie rien. On ne connaît rien de lui, pas une note pour servir à l’histoire, pas une lettre pour plaindre la maladie d’une sœur ou courtiser un grand, pas un billet suppliant qu’on lui pardonne ses fautes contre la langue – ou celles d’une autre nature, qui parfois lui échappent. Rien, jusqu’à ce maigre discours de réception de l’abbé Colbert à l’Académie : Il m’est sans doute très honorable de me voir à la tête de cette célèbre Compagnie… C’est l’automne de l’augustinisme, un automne éclatant. Les Petites Écoles sont fermées depuis plus de quinze ans. Leurs aimables pensionnaires, dont on entendait chaque matin les voix claires égrener logique et grammaire, les pupilles qui cueillaient le soir les pommes sur les palmettes et jetaient des miettes aux carpes de l’étang, se sont dispersées dans le monde. Mère Angélique de Saint-Jean a remplacé Mère Angélique, par la fenêtre entrebâillée elle voit l’allée vide où les jeunes filles s’éloignaient à pas mesurés au bras de leurs tuteurs, droites sous les tiges de leurs corsets. Il y avait dans l’air une telle douceur. Désormais, il ne faut se prêter à rien et ne plus sourire qu’au passé.

Racine en a fini avec son Phèdre, à présent il ne sait ce qu’il veut. Lui revient en mémoire une conversation avec l’aîné des Arnault, peu avant sa mort. Pourquoi, en effet, pourquoi s’attacher à des passions privées, même tant chargées d’humeurs qu’elles vous jettent pantelants hors de vous, quand il y a cette grande ambition dans le siècle ? Il revoit la table grise où n’était qu’un crucifix, et dans les rayons, parmi les in-octavos hollandais, les Bibles romaines et les Discours au peuple genevois, un petit portrait de jeune fille : sévère, le front buté, les lèvres plissées, qui sourit peut-être, et ce n’est peut-être qu’une illusion. Elle porte une robe serrée jusqu’au menton, comme la mode en a passé, ses seins gonflent à peine le lourd tissu, on les devine châtiés d’une bande de drap étroitement nouée.

Le Roi est à son apogée. C’est ce que dit tout haut la foule, et dans les promenades du bois ses détracteurs. Peut-il exiger plus ? Ses évêques ont repris la maison de Paris, interdit la libre communion, et malgré la paix qu’il leur a concédée, ses vicaires surveillent les religieuses que cinq ans d’enfermement n’ont pas pu réduire. Et chaque jour parvient la nouvelle de quelque traîtrise. Pour se distraire de cette épreuve, Racine entreprend une lettre : « Ma très chère sœur, depuis que vous avez épousé Monsieur Rivière votre image ne m’a pas quitté, et je songe... ». Il la réconforte, lui promet de l’argent, puis lui décrit les gens et les faits, non ceux du jour, mais la sombre idée qu’il faut maintenant se faire de notre monde. « Quant aux intrigues sur le sujet que vous savez... ». Et puis non. Il froisse le papier et le jette à ses pieds.

Il sort de son tiroir une liasse d’ébauches : des notes sur le théâtre, les fragments d’une tragédie abandonnée, quelques vers épars sur le désert des Champs. Il lui faut quelque chose de plus éclatant, qui signifie sans formuler et ébranle secrètement ceux qui l’entendront. Que lui dit le vieux Sophocle ? Il glisse son coupe-papier dans le volume qu’il tient toujours près de lui. La lame soulève les pages, c’est l’Œdipe Roi : Car chacun l’a pu voir lorsque la vierge ailée… Il y pense un instant. Ce destin accablant, légué de génération en génération, sans ménager aucune espérance... Il soupèse entre ses doigts la lame puis la glisse à nouveau dans les pages. C’est l’Antigone. Il revoit le portrait d’Angélique. Pourquoi se souvenir de cette jeune fille figée dans ses sangles sous les vernis sombres ? Elle le regarde : ses yeux sont profonds, très doux, mais fixes. Leur douceur est un reproche, leur volonté une règle qui vous redresse.

Oui, il a cédé à des frivolités, le désir de la gloire, dont n’a pas su le prémunir l’enseignement des Solitaires, et l’amour des femmes, plus éphémère encore, aussitôt évanoui que s’est échappé le peu de liqueur fermentant dans le corps. Non que la pensée en soit grossière, c’est de ces passions qui savent parfois vous arracher à vous-même, mais atteignant l’âge où l’on voit la poudre recouvrir les visages et l’indifférence ternir les ambitions, n’est-il pas temps de soumettre sa vie à une plus stricte règle ? Il referme le livre. Des contes des anciens maîtres, en reste-t-il tant à quoi se mesurer ? Ne s’y est-il pas, autrefois, maladroitement dérobé ? Il tire à lui une large main de papier et ouvre l’encrier. Il ne reste que quelques gouttes au fond du verre, une nacre qui luit, qu’il ramasse du bec de la plume, et il trace en haut de sa feuille en grands caractères : Antigone.

Il connaît ce frémissement qui le rend sourd au monde. Des rimes lui viennent, détachées de toute substance, des vers ôtés à d’anciennes tragédies, qu’il ne s’est pas consolé d’avoir rejetées, des images : sur une éminence, au milieu de jardins en étages, une ville aux murailles massives sur quoi flotte le fronton d’un palais ; au loin, dans l’échancrure des collines, un V de mer qui étincelle dans le grand été ; et dans la campagne thébaine assoupie, un monument vouté aux portes condamnées, tombeau de pierres sèches sans épitaphe et sans nom. Il y aura là un vieil olivier, des buissons d’épines et des chardons en fleurs, peu, car le trait doit être sec. Il y aura surtout la grande lumière qui aveugle et fait tituber, qui tombe dans le caveau par un oculus, une flèche vibrante sous quoi gémit une jeune fille au visage obstiné.

Il a travaillé tout le jour. Le soir la servante a frappé doucement à sa porte, et n’entendant pas de réponse elle a entrebâillé. Elle l’a vu agité comme un convulsionnaire, maltraitant sa feuille, tapant du talon le pied de son fauteuil, elle a vite refermé. Elle a retiré le rôti du fourneau et rangé le sel. Chaque fois c’est un étonnement, qui la bouleverse, et une joie profonde. Elle exhume l’almanach de la commode et trace un signe à la date du jour. Peut-être se trompe-t-elle un peu dans les chiffres, elle peine parfois à se souvenir de chacun, mais enfin c’est là. Les heures sonnent, elle monte sans bruit de temps à autre et veille un instant derrière la porte. C’est le silence, ou un murmure indistinct, comme de quelqu’un qui ferait sa prière à voix haute en mâchant du pain.

Elle n’a bien garde d’enfreindre la consigne, le bruit pourtant s’en répand. On veut savoir. Racine élude et ne dit rien. On suppute : un Philoctète ? un Œdipe Roi ? Si, brandissant son Sophocle, quelqu’un ose : Antigone ! ses compagnons haussent brusquement les épaules. Même au Grand Arnault il ne dit rien, même à son confesseur. Car cette fois-ci, ce n’est pas rien. Si quelque malveillant s’avisait d’en faire des fables à la Cour avant qu’il ait su en venir à bout ? Le matin, se retirant pour écrire, il ferme maintenant sa porte au verrou. Chaque soir, il cache ses feuilles sous une latte du plancher, tire au-dessus un pied de la table et livre au feu ses brouillons. Et il fait garder la nuit les portes de service.

On rapporte au Roi cette manie. Je ne savais pas qu’il fût autrefois si méfiant, qu’on se renseigne, qu’on questionne ses valets. Des argousins se déguisent en libraires, en marchands ambulants. Rien ne transpire. Sa vieille servante ne dit rien et son confesseur se refuse à parler – on ne l’enverra pas finir au secret pour l’orgueil déplacé d’un littérateur. Une nuit que Racine s’est absenté pour la campagne on envoie un voleur. Il pénètre dans le cabinet, fouille les tiroirs et déplace les livres, il soulève les tapis : rien, des brouillons de lettres, des comptes inachevés, de la poussière. Il s’assied à la table et se prend à rêver. S’il lui fallait écrire il aurait tant à dire, des humbles comme des grands, il se ferait un nom qui l’enverrait aux galères. Il se cale complaisamment dans le fauteuil, son pied racle sous la table, une boule de papier chiffonnée roule sur le plancher. C’est une demi-page griffonnée dans une langue étrange, sauvagement raturée, qu’il glisse dans sa poche.

Le Roi l’agite sous les yeux de Monsieur d’Aligre. Antigone ! Peu m’importe que la langue en soit belle, Monsieur le Chancelier ! Il ne l’écrira pas, vous m’en répondrez. D’Aligre recule, l’assistance fait mine de se mêler d’autre chose. Le chancelier ordonne qu’on lui amène Racine. Le poète semble surpris, il penche un peu la joue sur l’épaule, comme s’il voulait séduire, et ne dit rien d’autre que : Je suis votre serviteur. On le surveille, on sait qu’il travaille – à cela ou à autre chose ? Un jour, un serviteur soudoyé le surprend à dire, dans sa campagne, des vers détachés dont le sens est transparent. Le Roi le convoque urgemment. Monsieur, vous avez mon estime. Mais c’est assez, je ne veux pas de cette histoire. Vous ferez la mienne et vous atteindrez à l’immortalité. Au revoir Monsieur.

Racine y pense longuement. Son poème vient mal : deux scènes du premier acte, tout le troisième, dont il n’est pas trop content, et rien de la suite, si ce n’est la scène finale par quoi il a commencé, le récit des dernières heures d’Antigone, que sa nourrice rapporte au Roi. La vieille femme est restée des jours assise dans la poussière, l’oreille collée à la pierre du tombeau, écoutant la voix légère qui filtrait par instants, plus faible d’heure en heure. À présent elle se livre à la douleur, tout vient dans un sanglot, la terre aveugle et l’innocence persécutée, les mots affluent en désordre et la déchirent, et pleurant Antigone font obscurément de sa mort un procès. Pour ces vers, il se sent capable d’affronter le Roi et tout l’aréopage. Mais arrivera-t-il jusque là ? Il feuillette les pages. Il est si loin de sa fin, tant d’intrigues encore à débrouiller, tant de péripéties dont il se soucie peu. Il referme brusquement la chemise. C’est le soir, une lumière dorée entre par la fenêtre ouverte, un grand ciel éperdu s’évapore sur les toits. L’air est si doux encore, il se sent soudain terriblement las.

Quelques jours plus tard, on délivre en secret au Grand Arnault une mince enveloppe de carton accompagnée d’une lettre scellée à la cire. Il reconnaît l’écriture, déchire lentement les cachets, lit les quelques mots de l’adresse : une invocation à leur foi commune, une recommandation et des vœux, presque rien, ni justification ni regret. Dans la boiserie est un placard secret, il y glisse l’enveloppe sans l’ouvrir, referme le panneau et, sur son habit, essuie ses doigts où sont restés quelques débris de cire. Il songe à sa nièce qui perpétue aux Champs la doctrine de la grâce, se tourne vers la planche de la bibliothèque où est maintenant son portrait, et il la contemple longuement sans la voir.


 
(Le baquet)
 

        Madame,

J’ai exécuté fidèlement vos ordres. Le spectacle a eu lieu mardi dernier, avant l’heure du souper ; j’ai couru tout Paris dès le surlendemain pour vous le rapporter. Vous aviez raison, ce fut une chose invraisemblable. Vous qui faites vos délices du théâtre de la nature, pouvez-vous imaginer que des hommes se plaisent à ces sauvageries ? Je repense à ces mots de Rousseau que vous citez souvent : « Tout sentiment pénible me coûte à imaginer ». Je vous épargnerai les images les plus rudes, mais il faut vous bander un peu.

La grande salle de l’hospice avait été débarrassée du fatras de lits, de tables et de prie-Dieu qui l’encombrent habituellement pour faire place à une estrade, qui tenait tout le fond de la salle, et à quelques bancs de bois, devant lesquels trônait le fauteuil de M. de Coulmiers. Auprès de lui, dans un fauteuil tout semblable, auquel on avait seulement scié un peu les pieds pour maintenir entre eux l’écart que commandent leurs états, se tenait l’auteur. Le bruit de la représentation avait attiré sept ou huit actrices du Théâtre Français, et pour ne pas les exposer à la curiosité et aux excès des pensionnaires, la pièce devait n’être donnée que pour elles. Vous pressentez qu’elles n’avaient pas pu refuser à leurs amants la délicieuse promenade des bords de la Marne ni, plus délicieux encore, sans doute, le spectacle des frasques du marquis. Il y avait donc là une quinzaine de visiteurs, les demoiselles sur des coussins et les galants sur les bancs durs, que M. de Coulmiers avait complétés par quelques mélancoliques de son cru.

Une jeune fille tira le rideau en boitillant, sérieuse comme une visitandine. Ce n’étaient que quelques draps cousus en long et suspendus à une corde ; on y avait agrafé çà et là un portrait, peut-être pour dissimuler les taches qu’un siècle et demi de folies humaines y avait déposées, dont ni l’eau bouillante ni la cendre n’étaient venues à bout. La même innocente traîna sur l’estrade un grand baquet de bois dont les débordements éclaboussaient les planches jusqu’au bord du théâtre. Nos tragédiennes s’étonnèrent : ne leur avait-on pas promis une chose nouvelle, au lieu qu’on leur apprêtait cette pièce qu’on leur avait déjà dix fois racontée à l’oreille ? Si plaisante qu’on la dît, elles se dépitèrent, plus haut qu’il ne convenait. Le marquis, un gros homme au corps avachi qui semblait sommeiller dans son dossier, agita la main dans son dos sans se retourner. Elles se turent aussitôt, peu enclines à risquer ses terribles saillies. On avait terminé les préparatifs à vue : un petit bureau encombré de volumens, quelques uns déroulés jusqu’au sol ; un fauteuil de vieux perse semblable à celui de M. de Coulmiers ; une carafe de vin et un verre posés au sol, où traînaient encore de petites outres gonflées et un grand couteau de cuisine, fin et effilé, de ceux qu’on emploie pour délarder les porcs.

Contre le mur de gauche, devant une fenêtre donnant sur le jardin, était installé ce qu’on me dit être une épinette, qui n’était sans doute qu’un petit virginal. Une jeune personne monta sur le plateau et vint s’y asseoir sans saluer. M. de Coulmiers la rappela : elle fit gauchement quelques révérences et retourna vite à sa chaise. Elle entama un motet du temps de Pâques ; elle jouait passablement, très concentrée, les yeux fixés sur la partition ; mais quand elle en fut à l’air, Ah ite lacrimae, quand sa voix claire s’éleva, elle chantait si ingénument le supplice du Christ qu’elle saisit le cœur de tous. Vers la fin elle se mit à pleurer, on voyait son corps frêle secoué de sanglots, ses mains agités de tremblements erraient sur les touches, son pied battait à intervalles sur le plancher – il était nu, on ne s’en rendit compte qu’à cet instant, et cette inconvenance ajoutait au charme de sa lamentation. M. de Coulmiers avait renversé un peu la tête, M. de Sade semblait sourire, les yeux fixés sur le pied blanc qui se livrait et se reprenait sous la robe. On applaudit, la jeune fille resta à son clavier, le front sur la caisse, pleurant toujours.

Le marquis frappa les carreaux avec sa canne. Un vieil homme entra, drapé à l’antique, une tablette de cire à la main. Il avait la tête rasée, de grands yeux sombres bordés de rouge, un visage émacié, sa poitrine gonflait les plis de sa toge. Marat ? murmurèrent à l’oreille de leurs galants nos licencieuses, le sanguinaire Marat ? Il écrivit un instant, puis laissant échapper sa colère : Tyran, que ne contente aucune cruauté… Sa voix était étrange, doucereuse et flottante, celle d’un homme qui feint d’être femme, ou celle d’une femme qui cherche à cacher une faute – vous le savez Madame, rien comme cette feinte pour anéantir notre volonté. Sur les coussins les demoiselles se retenaient de rire, mais il y eut quelques gloussements sur les bancs durs, que l’acteur, culbutant violemment les livres entassés sur la table, fit aussitôt taire. Néron, ce serpent que j’ai porté dans mon sein… Sénèque donc et non Marat, déguisé dans le sexe et dans l’humeur, Sénèque tombé en disgrâce, et le demi-tonneau aurait donc son usage. Celles qui jouaient impunément Médée et Titus Andronicus, qui avaient écouté cent fois sans sourciller les atrocités des guerres de l’Empire, se tassèrent un peu sur leurs genoux.

Le vieillard écrivait sur sa tablette en récitant, ne s’interrompant que pour vider son verre, la voix de plus en plus aigre à mesure que le vin quittait la carafe ; il fut bientôt pris de spasmes et s’effondra. Un drap tomba au fond de la scène, découvrant un jeune homme qui se pavanait dans un fauteuil de velours rouge posé sur un coffre. Seigneur, lui dit à genoux un serviteur, tandis que Sénèque gémissait sourdement, il a bu et en a réchappé. Néron descendit en rougissant. Il était très beau, vêtu comme on le représente dans les estampes, et portait sur le front une couronne de houx fraîchement coupée où luisaient des baies rouges. Il se lança dans une tirade dont je ne sais rien vous dire, sinon que les mêmes mots y revenaient souvent, dans une syntaxe bousculée, où l’on reconnaissait parfois un vers célèbre ou des fragments de décrets, ceux de la Convention et ceux de l’Empire effroyablement mêlés, au milieu de bouts de philosophie et d’invectives. Le marquis riait tout haut, les galants le suivaient par courtoisie, mais ce désordre effaroucha la sensibilité plus délicate des sociétaires du Théâtre Français. Quant à M. de Coulmiers, sans rire ni s’offusquer, il notait de temps à autre quelques mots sur un carnet posé sur son genou.

Le virginal se remit à jouer, c’était une mélodie dans le style des opéras-bouffes italiens mis à la mode par Rousseau, la jeune fille s’y livrait avec une joie manifeste, ses cheveux noués sous un bandeau oscillaient sur sa nuque en contrariant le rythme. Il y eut encore quelques scènes de palais, puis on repoussa la table et les rouleaux, le baquet resta seul au milieu des planches, avec les outres et le couteau. Les comédiens allaient et venaient au hasard, les contournant sans paraître les voir, sinon qu’un pied parfois heurtant la baignoire répandait un peu d’eau sur les planches. Aucun de ceux que j’ai consulté n’a pu me décrire précisément l’enchaînement des scènes, et vous avez hâte sans doute que j’en vienne à la fin. J’y suis. Tandis que Sénèque lisait une missive en se composant un visage héroïque, on installa quelques bancs au fond du plateau, face aux spectateurs. Maintenant le virginal sonnait une seule note, basse et lente, qui dura jusqu’à la fin sans s’interrompre ; la jeune fille s’était retournée et jouait dans son dos, les yeux fixés sur la scène.

Il y avait là maintenant toute une foule, des infirmes et des lunatiques, certains assis sur les bancs, d’autres agenouillés ou couchés sur le coude. Néron entra. Il s’était vêtu en savant ou en philosophe, et soutenu par le glas du virginal il chantonnait des vers latins. Il saisit le couteau au passage, renversa Sénèque sur la table et d’un geste vif lui taillada les deux poignets : le sang coula. Dans la salle, plusieurs se levèrent épouvantés et voulurent intervenir, mais l’auteur leur dit brusquement de se rasseoir et M. de Coulmiers les rassura. Sénèque hoquetait, sa tunique qui flottait mollement lui tomba sur les reins découvrant deux gros tétons qui oscillaient sur son torse maigre. Pardonnez-moi ce détail, Madame, mais comment vous en priver ? Un assistant se précipita sur les planches et le suicidaire fut bientôt rajusté : il ne s’était aperçu de rien. Il monta dans le baquet, soutenu par deux de ses compagnons d’infortune, et s’y assit, les deux bras sur les douelles, les deux pieds hors de l’eau. On ne sait comment, au milieu de l’agitation qui régnait sur le théâtre, des pantomimes de Néron, des allers et venues des serviteurs, de la détresse des amis de Sénèque, deux fontaines de sang avaient jailli de ses poignets et retombaient dans la baignoire. Un spectateur habile aurait noté peut-être que les outres avaient disparu, je soupçonne qu’elles participaient à cette féerie : mais tous étaient happés par la scène et, sans doute, aucun n’aurait voulu qu’on dissipât son illusion.

Depuis cette mémorable soirée, j’ai tenté de reconstituer les derniers mots du philosophe à partir des bribes qu’on m’en a dites. J’ai montré mes tentatives à plusieurs. Celles mêmes que la scène avait le plus touchées, absorbées par le spectacle de cette femme dont le sang visiblement s’écoulait, par son angoisse, par ses halètements, par la couleur fauve de l’eau qui débordait du baquet, n’avaient gardé des discours qu’une impression privée de détails. Quant aux autres, si le sens général leur était clair, les paroles du philosophe et ses arguments même leur avaient déjà en partie échappés. Par contraste avec la scène brutale qui occupait les planches, ils avaient été frappés par la clarté de la langue, par l’articulation des idées, en un mot par le souci de composition qui avait présidé à l’écriture, et ils s’étaient étonnés qu’elle pût sortir d’un esprit aussi déréglé. Cette rhétorique si articulée, toute assise sur le raisonnement, était pourtant traversée de soudaines fulgurances qui les avaient laissés pantois. M. de Coulmiers notait en hâte sur son carnet sans lever les yeux vers la scène ; je n’ai pas osé aller à Charenton pour le consulter.

Les informateurs du duc de Rovigo étaient passés avant moi et, comme vous le devinez, ils avaient spécialement exercé leurs talents sur nos comédiennes. Ces sensibles créatures parurent très embarrassées, si bien que je ne sais dans leur récit ce qui revient à Charenton et à l’Hôtel de Juigné. C’est donc à leurs amants que vous devez ce qui suit. Le discours de Sénèque les avait fait frémir autant que celui de Néron. Aucun n’avait eu la curiosité, en rentrant à Paris, d’ouvrir Tacite ou les Lettres à Lucilius : ils auraient été surpris de ce qu’ils y auraient lu. Car dans cette farce, il semble que Néron jouait Sénèque et que Sénèque jouait Sade. Vous en jugerez par vous mêmes. Voici, dans le désordre où on me l’a donné, le peu que j’ai pu reconstituer.

NÉRON – Je suis venu vous aider à mourir, je veux m’assurer que vous le ferez en philosophe. Vous me traiterez d’ingrat sans doute.
SÉNÈQUE – Pensez aux intérêts de l’Empire et ne vous préoccupez pas de morale.
NÉRON – Autrefois vous n’aviez pourtant que ce mot à la bouche.
SÉNÈQUE – Mène-t-on les hommes avec cette chimère ? Qu’ils soient immoraux, ils en seront plus vifs, leurs passions les pousseront à des vertus utiles à l’État. Nulle part l’énergie ne bouillonne mieux que dans les cupides et les ambitieux ; la bravoure est un autre nom du crime, on ne vainc pas dans la guerre sans cruautés ; quant à l’imagination, si nécessaire à la gloire des nations, la débauche la flatte et l’accroît…
NÉRON – Vous m’avez fait perdre mes années. Réprimez vos passions, répétiez-vous sans cesse.
SÉNÈQUE – Il se peut que j’invoque la philosophie à des fins contraires à celles d’autrefois. Mais la raison ne peut se satisfaire d’une seule vérité : il les lui faut toutes, fussent-elles opposées.
NÉRON – Vous vous êtes joué de moi ! Tant d’efforts inutiles pour me conformer à vos discours…
SÉNÈQUE – Je cherchais votre bonheur. Mais vous devez à présent vous sacrifier à l’Empire. Je note que vous avez fait des progrès par vous-même, malgré moi en quelque sorte, et que vous savez aujourd’hui récompenser la calomnie : une autre de ces vertus utiles, n’en doutez pas.
NÉRON – Vous me désiriez vertueux par égoïsme, vous me voulez aujourd’hui dépravé par souci du bien public. Je fais serment de ne plus écouter les philosophes et de me conduire désormais par moi-même.
SÉNÈQUE – Suivez vos passions, puisque vous en avez le pouvoir. Qui vous empêchera de vous croire en même temps utile au peuple romain ?
NÉRON – Que vous êtes habile à inspirer le crime ! Car Agrippine, ma mère, hélas, que vous fîtes assassiner…
SÉNÈQUE – C’était un acte nécessaire à l’État. N’en avez-vous pas vous-même donné l’ordre à vos gardes ?
NÉRON – J’étais jeune et sous votre direction. Tous me savaient faible, et on me disait déjà infâme : je ne l’ai fait que pour gagner votre estime. Mais le remords aujourd’hui me tourmente, je suis venu me réjouir d’un châtiment qui me rachète.
SÉNÈQUE – Vous voyez, je ne sais pas mourir. J’ai le sang trop froid pour bien vous contenter.
NÉRON – Il ne fallait pas faire de votre mort un spectacle pour y paraître si peu à votre avantage. Laissez-moi faire.

Le saisissant aux genoux, Néron lui taillada les veines des deux pieds qui, comme je l’ai dit, étaient posés sur le rebord du baquet. Deux fontaines en jaillirent aussitôt. Par un effet fâcheux, et peut-être involontaire, car on prétend que même le marquis en frémit, le sang se répandit sur les planches, d’où il s’écoula peu à peu dans la salle. Enfin, on vit deux jeunes filles traîner sur l’estrade des sceaux remplis d’une eau fumante dont elles remplirent jusqu’au bord le baquet. Sénèque sembla étouffer au milieu des vapeurs, on entendit encore quelques mots indistincts, puis tout s’arrêta, même le virginal. Le marquis donna ensuite un souper dans sa chambre, il fut, dit-on, charmant, on y but beaucoup, on y lut des poèmes, on y chanta un peu, il n’y fut plus question ni de Sénèque ni de Néron.

Imaginez le bruit que cette extravagance a fait dans les salons. On ne s’occupe plus que de cela. Les comptes rendus des argousins seront passés directement des mains du duc de Rovigo dans ceux de l’Empereur, qui s’y sera reconnu, et sous peu on aura interdit les séances de Charenton. En attendant, on annonce sous le manteau, pour la fin du mois, un nouveau divertissement du même auteur. Je me suis résolu à tout faire pour y assister et je vous en promets un récit très exact, autant que me le permettra mon humeur, car je crains, si le marquis renouvelle ses folies, de vous en voler un peu.

J’ai hâte de vous revoir, Madame, et sitôt que mes affaires m’en laisseront le loisir je vous rejoins dans votre ermitage. Je veux aimer votre désert, je me fais d’avance une joie de nos promenades, et me croirez-vous, je veux apprendre auprès de vous à conduire un jardin. C’est que je me suis plongé dans votre Jean-Jacques : tout irrité que j’en sois souvent, je me suis pris de pitié pour cet homme et lui ai envié son goût pour la nature.

Votre très affectueux et très dévoué,

                                                        (illisible)


 

(L'hetzeloscope)

 

L’automne dernier, La Presse ayant révélé l’Ingénieur Hetzelovitch au public, j’ai conçu le violent désir de le connaître. Je fais grâce au lecteur des stratagèmes qu’il m’a fallu déployer pour l’approcher. Qu’on sache seulement qu’ayant patiemment dénoué le réseau d’amitiés qui le protège, j’ai été admis il y a peu dans son intimité, quelque part dans les collines du Vexin, à quinze kilomètres de la dernière gare.

Il vit retiré dans une villa juchée au-dessus de la vallée, une grosse bâtisse de meulière au fond d’une cour bordée de buis taillés, à la façade austère, aux auvents et aux volets lie-de-vin, dont toute la fantaisie tient dans la girouette qui la couronne : trois grands cercles emboîtés portant des chapelets d’étoiles, à la façon des méridiens célestes des anciennes sphères armillaires, que la plus légère brise fait pivoter sur leurs axes. Du chemin public, au-dessus du haut mur qui enclot la propriété, on ne voit qu’elle, dessinant dans le ciel des constellations éphémères. J’ai su plus tard que par un mécanisme caché l’astrolabe actionnait à l’arrière, dans un kiosque du jardin, deux figures enchanteresses : Vénus, dont on entrevoit sous un voile mobile les séductions laiteuses, et Mars, le dieu du printemps, nu et luisant comme un gymnaste, mais casqué, dont les attitudes simulent, selon la saison et la marée, la passion, le dépit ou l’indifférence. Le jardin s’étage au milieu des charmilles jusqu’à une terrasse bordée de beaux aubépins, d’où l’on aperçoit un méandre de la Seine et la route de Rouen qui poudroie sous les roues des voitures. Au loin se déploie un vaste paysage, calme et lumineux, des prés et des fermes éparpillées, à quoi les dernières brumes donnent l’apparence mystérieuse des fonds de tableaux français.

Malgré sa solitude, l’Ingénieur Hetzelovitch avait cédé aux manières de rigueur dans le monde : habit sombre, nœud et col cassé, courte barbiche impeccablement taillée, minces lorgnons. Après le déjeuner, où nous fûmes seuls, il m’introduisit dans une vaste remise dissimulée derrière un bosquet de sureau, dans un appendice du jardin. « Voyez, me dit-il en déverrouillant la porte de fer, voyez le capharnaüm où se plaît le génie maniaque que certains me prêtent ! » Je dois reconnaître que les allégations de mon confrère, fruits de vagues on-dit enflés par l’imagination, font honneur à sa fantaisie. De part et d’autre de deux allées semées de tapis, sur des estrades carrées, étaient disposés les automates dont La Presse a révélé l’existence. L’Ingénieur répéta maniaque d’un ton amer, et j’eus un instant le soupçon qu’humilié de se voir rabaissé au rang d’horloger et de marionnettiste, il m’avait choisi pour rétablir sa dignité offensée ; et que la patiente enquête qui m’avait permis de remonter jusqu’à lui n’était peut-être, au contraire, que l’enquête qu’il menait à mon endroit. Sans doute avait-il eu connaissance de mes propres recherches, quoique déjà lointaines et peu fructueuses, dont j’ai fait l’an dernier la matière d’un feuilleton ; en sorte qu’ayant vérifié que j’étais digne de sa confiance, il avait organisé cette rencontre en feignant de céder à mon insistance : mais ce ne sont là que conjectures.

Il me prit par le bras, et tandis que nous déambulions entre les machines il m’expliqua que tout jeune encore, fasciné par la belle simplicité des inventions d’Héron d'Alexandrie, dont il avait lu l’histoire dans un almanach, il avait reproduit sa fontaine automatique. Plus tard, il avait construit un petit théâtre dont les rideaux s’ouvraient sur deux personnages – Mars et Vénus, déjà ! – qui s’animaient à tour de rôle sous l’effet de légers mécanismes actionnés par des graines de moutarde. Il s’était alors jeté à corps perdu dans l’étude, ne délaissant rien de ce qui pouvait être utile à sa passion, mécanique, hydraulique, électricité, anatomie. Depuis quarante ans, il avait répliqué les plus célèbres machines dont les siècles nous ont laissé la mémoire. Me croirez-vous ? J’ai joué aux échecs avec le Turc mécanique de von Kempelen et j’ai été battu en dix coups. J’ai écouté le joueur de flûte de Vaucanson, que l’Ingénieur avait mis au goût du siècle, le dépouillant de ses habits sauvages au profit d’une stricte redingote : l’androïde m’a fait entendre Le Roi d’Yvetot. J’ai assisté aux ébats de son canard défécateur, qu’il avait pu étudier trente ans auparavant au Palais-Royal, avant qu’il ne fût vendu à la Russie. Il me dit avec fierté que son volatile était aujourd’hui le seul témoin du génie français, l’original ayant disparu il y a deux ans dans l’incendie du musée de Nijni Novgorod. Il n’avait pas résisté au plaisir pervers d’y ajouter un foie qui se couvrait de graisse quand on nourrissait l’automate, de sorte qu’avec son poitrail déformé il tenait autant de l’oie que du colvert.

La grande salle, sobre et brillamment éclairée par deux rangées de becs d’acétylène, la présentation méthodique des machines, la voix profonde et recueillie de mon hôte, tout me fit penser à un musée. Comme je m’étonnai de ne pas y voir les instruments, les manuels, le désordre vivant qui font l’ordinaire des cabinets de mécanique, il me répondit par une boutade où affleura de nouveau son dépit de l’article de La Presse. Cependant, je remarquai une porte dans la paroi du fond, deux battants lisses, étroitement ajustés, qu’aucune barre, aucune serrure apparente ne verrouillait. Il s’en aperçut, eut un geste vague, et posant sa main sur mon épaule me reconduit dans la villa : quel dommage, lui dis-je, qu’un si beau génie se borne à copier les inventions des autres ! De retour à Paris, j’occupai le reste de la soirée à noter précisément les détails de notre rencontre. Depuis quelques années, depuis ce long voyage aux îles dont j’ai donné la relation au Siècle, je suis sujet à de terribles oublis, et il m’arrive au contraire de garder le souvenir d’évènements que les preuves les plus flagrantes ne me dissuadent pas de croire avoir vécus. Aussi ai-je pris l’habitude de tenir un petit carnet qui m’est une seconde mémoire, plus précise, et consultable à volonté.

J’ai rencontré l’Ingénieur Hetzelovitch une seconde fois, la semaine dernière, au prétexte de questions techniques sur ses machines et pour éviter, lui dis-je, de trahir ses intentions dans l’article que je préparais. Le déjeuner achevé, j’exprimai de nouveau le désir de visiter son cabinet de travail. À ma surprise, il n’y objecta que pour la forme et me conduisit bientôt dans la remise aux automates. La porte du fond s’ouvrait au moyen d’un de ces mécanismes secrets qui font la délectation des romanciers : il me fit tourner le dos à la paroi et j’entendis bientôt la double porte glisser. L’intérieur était sombre, embarrassé, une odeur étrange y régnait où je crus reconnaître, mêlé à un âcre relent de graisse noire, un léger parfum de femme. Il fit la lumière. La salle, livrée à un désordre indescriptible, prit un aspect presque inquiétant. Des tables flottaient de guingois dans la pénombre, encombrées de livres et de mécanismes compliqués, des fragments de machines jonchaient le plancher, des outils, de grandes jarres de verre à demi remplies de liquides irisés, au plafond était suspendu le squelette d’un grand oiseau aux ailes dépliées et, aux murs, accrochées par des ficelles, pendaient des pièces façonnées où l’on reconnaissait parfois le simulacre d’un membre humain coupé à l’articulation, d’où sortait un écheveau de fils. Je repensai au capharnaüm de La Presse.

Il se dirigea sans un mot vers le fond, que fermait un large rideau. Je remarquai en passant une forme humaine couverte d’une gaze de crin qui n’en laissait rien deviner. Je m’arrêtai. Un sourire énigmatique vola sur les lèvres d’Hetzelovitch et il voulut m’entraîner. Je ne bougeai pas. Il hésita, puis m’autorisa d’un geste à soulever le mince voile. C’était une femme aux cheveux opulents, tortueux, qui coulaient en cascades sur ses épaules, nue pour le reste, seulement défendue par une étroite bande de pourpre qui plissait entre ses cuisses. Sa peau était admirable. Elle esquissait un pas de danse sur un socle où sept boutons gravés d’un chiffre suggéraient autant de possibles ravissements. Hetzelovitch mâchonnait sa barbiche, de légers spasmes plissaient ses paupières. Choisissez ! dit-il enfin à voix basse. Je choisis le 3 et tirai prudemment le bouton. C’est à peine si l’on entendit chuchoter le mécanisme, que recouvrit bientôt un sourd gémissement échappé aux lèvres entrouvertes de cette créature. Ah, lecteur, pardonne-moi ! Si je le savais, si je le voulais, je ne pourrais rien dire qui fût toléré par la société. Les plus coupables rêveries des jeunes gens n’approchent pas des fantaisies de l’automate érotomane. Je serais resté là longtemps, honteux, envoûté, à tenter les sept chiffres et me donner du plaisir en effigie, si la main nerveuse d’Hetzelovitch ne m’avait enfin arraché à ce leurre. L’Ingénieur ramassa la bande de pourpre qui était tombée aux pieds de son odalisque, la noua habilement autour de ses reins et rejeta le voile sur sa tête.

Nous n’avions pas fait cinq pas qu’une autre machine bâchée m’intrigua : je soulevai d’autorité la toile. C’était un engin d’une grande simplicité. Une double courroie actionnait une tige horizontale, dont l’extrémité munie d’un archet effleurait un pieu haut de deux mètres, épais de trois doigts, rond et lisse, au bout épointé, autant que la bâche le laissait deviner. L’Ingénieur eut l’air contrarié, mais se reprenant bravement il actionna l’appareil. La grande courroie glissa, entraînant l’autre par un jeu de roues dentées, et la tige se mit en mouvement à la manière de la bielle d’une locomotive, mais avec une lenteur extrême : à peine la voyait-on se déplacer. La base de l’épieu était gravée de rainures sinueuses, comme on en voit aux dieux-bâtons des îles Rarotonga, sur quoi l’archet glissait lentement. Le frottement faisait imperceptiblement vibrer le bois qui émettait un son singulier, flexible et éthéré, comme le chant d’une baleine. L’Ingénieur s’excusa de sa machine, une commande à quoi il n’avait acquiescé qu’en raison du salaire offert, qui lui avait permis de poursuivre ses recherches. Il allégua aussi la philosophie. Puisqu’il faut bien, pour préserver la société, infliger la mort aux plus sombres criminels, afin de servir d’exemple à ceux que leur rage pousse à les imiter, qu’au moins on abrège leurs supplices : son pal mécanique était à la Chine ce que la guillotine est à la France.

Il rabattit la bâche et me poussa derrière le rideau qui fermait le fond de l’atelier. Il y avait là une cabine de verre d’un mètre environ de côté, à peine plus haute qu’un homme, couronnée d’une efflorescence de fils colorés, regroupés par teintes en écheveaux épais : des nuances de bleus, du pâle céleste au cobalt éclatant, des rouges nombreux, pourpres, écarlates, carmin, des jaunes et des verts, des gris pintade, inextricablement enchevêtrés, retombant de part et d’autre du toit comme une lourde perruque de théâtre. L’Ingénieur m’ouvrit la cabine : « Bien peu y ont pénétré, et aucun ne s’en vante ! ». Et comme j’hésitais, revoyant l’instrument de justice de l’Empire du Milieu, il me poussa dans la cage en riant : « Vous n’avez rien à craindre, sinon de vous-même… » J’entrai à contrecœur et m’assis sur le tabouret qui était au milieu. « Tournez-vous, me dit-il en désignant la paroi du fond, et détendez-vous ». Il noua sous mon menton un lourd casque de cuir boursouflé, hérissé de picots, qu’un gros câble reliait au plafond, et il referma la porte.

Un cadre doré et mouluré était fixé devant moi sur la paroi. Il supportait une vitre incrustée d’un réseau de fins filaments colorés, tressés comme les fils d’un tissu, d’une trame si serrée que leurs couleurs entremêlées ne composaient plus qu’une seule teinte, d’un gris pâle. Je me tournai vers Hetzelovitch, qui debout près de la cage tenait la manette d’un voltmètre. Il l’abaissa lentement en me regardant du coin de l’œil. J’entendis un léger grésillement : l’intérieur du cadre s’anima. Une image s’y forma, indistincte, qui se précisa peu à peu, celle d’une femme que je reconnus bientôt : Éléonore ! Je poussai un cri, la figure aussitôt s’estompa. J’en fus frustré et blessé, je me vis tendre follement la main vers la paroi, comme un enfant qui tente de saisir un rayon de soleil, et tant me débattis sur mon tabouret que l’image s’effaça presque entièrement. Je fis effort pour me calmer, fixant la paroi sans bouger, tentant de faire revenir ma visiteuse. Elle reparût après un long moment, avec lenteur, comme une noyée qui remonte à la surface, dont les ondulations de l’eau troublent longtemps les traits. Son visage émergea enfin, calme et lisse, dans la pose du portrait que je conserve en médaillon. Elle me regardait fixement. Je crus lire mon nom sur ses lèvres entrouvertes.

« Eh bien, me dit l’Ingénieur en ouvrant la porte, mon hetzeloscope vous a-t-il diverti ? ». Je dénouai lentement le casque et sortis à regret, bouleversé, sans trouver la force de me donner une contenance. « Pourquoi vous troubler ainsi ? Vous n’avez vu que ce qui vous occupe, votre désir, votre douleur, votre ambition, que sais-je ? Ce que votre cerveau projette en vous, que captent les électrodes dont l’intérieur du casque est tapissé, et que des systèmes d’ampoules et d’aimants décomposent en courants élémentaires. Mon appareil les retisse devant vous en atomes de couleurs. Il note tout, comme sur un carnet, je peux à volonté recréer l’image que vous seul avez vue tout à l’heure. Je le ferai ce soir, si vous m’y autorisez, non pour connaître vos secrets… » Il me considéra un instant et je le vis lorgner vers la bague au chaton retourné que je portais au doigt. « …mais pour vérifier le fonctionnement de mon invention et la perfectionner. J’ai le projet d’une machine plus puissante. J’en ferai les fils aussi fins que ceux d’une araignée, et j’emploie pour cela une dizaine de femmes dans la Chine, grâce aux revenus… » Il se mordit les lèvres, et se tournant vers moi avec une expression inquiète : « Il y a tant à faire pour le bien commun… ».

Retraversant son musée, il s’amusa de ses anciens talents d’horloger. Quel esprit un peu curieux se contenterait d’agencer des engrenages, quand il y a autour de nous tant de fluides impalpables, plus subtils que le phlogistique des anciens : la gravité, qui enchaîne l’un à l’autre les objets distants, l’océan à la lune et la lune à la terre, dont nous méconnaissons peut-être les effets les plus rares ; la lumière, qu’on ne voit pas toute, et l’électricité, qu’on ne voit pas, qui peut-être ont la même essence, puisqu’une bobine de cuivre plongée dans certains gaz produit l’une par l’autre ; et l’attraction de l’homme par la femme, elle aussi peut-être… « Souvent, me confia-t-il, la nuit, enfermé dans mon atelier, songeant à la sympathie que s’échangent les matières opposées, et à tant de prodiges qui peu à peu se révèlent, j’ai pensé que nous touchions à la fin de la science. Dans un siècle, la nature nous aura livré tous ses secrets. Dans chacun il y a une machine à concevoir, une souffrance à abolir, un bonheur inconnu à conquérir…» Il titubait, les yeux fermés, emporté par l’émotion. Les savants rêvent-ils mieux que les feuilletonistes ?


 

(Le ponge)

 

Les naturalistes qui l’ont étudié se partagent en deux classes, les systématiques et les instinctifs : tel était aussi le ponge, qui apparaît aux uns puissamment raisonnable et aux autres parfaitement fantasque. On peut donc aborder son étude par deux voies opposées : l’analyse méthodique ou le vagabondage. Le sujet s’accommode du reste de tant de qualités contraires qu’il a éclipsé le loup de Tasmanie et l’hippotrague bleu du Cap chez les thésards du Muséum – et jusqu’à la Vénus hottentote. Mais tant reste encore à faire !

On croit savoir qu’il s’est éteint. Il est comme ces dodos de l’île Maurice qu’on ne fit qu’entrevoir. Pire encore. On n’en a rien conservé, aucun spécimen, ni carpe ni métacarpe, aucun fragment d’os, rien qu’on puisse photographier, mesurer, radiographier, dont on puisse extraire l’ADN pour mettre son possesseur à sa juste place dans la vaste arborescence des espèces et, qui sait, un jour le recréer. Aucun dessin, aucune description crédible, aucun mémoire anatomique : on pourrait presque dire du ponge qu’il est de l’étoffe dont les rêves sont faits.

Il faut le chercher dans les rares témoignages que nous ont transmis ceux qui disent l’avoir vu, et dans les traces que lui-même nous a laissées, qui par chance nous fournissent une ample matière. Qu’importe donc si sa forme nous reste mal connue : ne sommes-nous tout entiers, plus que dans notre apparence, plus même que dans notre comportement, dans les produits de notre activité ? Ce qu’a laissé après lui le ponge, vous en trouverez à la bibliothèque du Muséum une recension très complète. Jeunes gens, je vous enjoins de ne pas vous laisser arrêter par l’apparente difficulté. Voyez les lombrics : ne peut-on pas les déduire assez exactement des turricules qu’ils abandonnent derrière eux ? Ces tours de terre, ces fragiles excroissances spiralées, examinez-les attentivement, vous aurez tout l’animal. Faites de même pour le ponge.

On ne saurait mieux le décrire que par ce qu’il n’est pas. Partons du début dans l’échelle du vivant. Le ponge n’est pas l’éponge, il n’en a pas le caractère égal ni les qualités itératives qui, pour élémentaires qu’elles soient, nous la rendent pourtant si précieuse. Faites boire l’éponge : elle vous dégorgera toute l’eau qu’elle a bue, sans en omettre rien et sans y ajouter ; faites-la boire vingt fois la même eau, elle vous la rendra vingt fois. Faites boire le ponge, ce seront les noces de Cana : il vous rend tout autre chose, chaque fois autre, la lune par exemple, ou les nuages – je parle par images, comprenez-moi, j’essaie de vous introduire à la méthode ; et s’il lui plaît de vous rendre de l’eau, quelle débauche ! Vous ne lui en aviez donné qu’une goutte, il vous en rend tout un sceau, et le savon peut-être que vous n’y aviez pas mis.

Cherchons un peu plus haut. Le ponge n’est pas la mouche, à qui il semble pourtant qu’il empruntait beaucoup. On crut longtemps qu’il avait l’œil trouble, certains disaient bigle. Aujourd’hui, au risque de paraître extravagants, beaucoup pensent qu’il avait comme les diptères les yeux composés de multiples facettes. Non certes qu’il en eût 6000 sur chaque œil, comme nos mouches domestiques, et sur chacune 8 cellules photosensibles, si bien qu’elles voient le monde en autant d’éclats, que leur minuscule cerveau peine sans doute à assembler, car on les voit souvent buter contre les choses, ce dont elles tirent peut-être des leçons, mais peu utiles, puisqu’on les voit bientôt revenir achopper contre les mêmes obstacles : ainsi du ponge, qui pouvait, dit-on, revenir dix fois sans se lasser contre le même objet. Non par aveuglement ou obstination, vous le devinez bien, mais comme s’il voulait le mesurer exactement dans chacune de ses parties et lui faire rendre toutes ses qualités.

Poursuivons notre progression dans l’échelle des espèces. On pourrait, pour le distinguer d’eux, le confronter à bien des êtres. Mais arrêtons-nous un instant sur le caméléon. Rien ne définit mieux le ponge. La robe du caméléon est un tissu complexe de cellules nanties de quatre pigments colorés, bleu, rouge, jaune et noir, grâce à quoi il peut se fondre dans son milieu. Le caméléon se peint à l’image des choses, il feint d’être le monde : il n’existerait pas si on le lui supprimait. Le ponge, c’est l’anti-caméléon. Tout ce qu’il touche il le peint à sa ressemblance et le déguise en ponge – au besoin, il crée le monde à partir de rien : on pourrait dire du ponge qu’il se pastiche lui-même. C’est ce qui rend son étude si délectable. Jeunes gens, croyez-moi, il y a mieux à faire qu’à analyser les mœurs de feu le loup de Tasmanie.

Vous l’avez compris, ses qualités le distinguent de tous les animaux : on doit le mettre au rang des plus nobles. Le ponge tenait-il de l’homme ? Certains l’ont prétendu. Quand on examine ses traces, on se convainc vite qu’elles n’ont rien de ces constructions instables, de ces agrégats d’un instant que laissent derrière eux les autres êtres. On lui devine une ambition, une ténacité, la poursuite raisonnée d’un but, et dans le même temps une sorte de conduite lunatique, je dirais même une prédilection pour la folie, à quoi il semble qu’il cédait souvent. Saurait-on mieux décrire l’homme ? Il le surpassait même en ceci que ces deux tempéraments ne s’opposaient pas mais se combinaient harmonieusement, lui donnant une sensibilité si intense et une raison si mobile qu’elles surpassaient peut-être les nôtres.

N’allez-vous pas trop loin, me direz-vous ? Plus que l’homme ! Qu’y a-t-il au-delà ? Le ponge était-il Dieu ? Ne vous moquez pas, ne me classez pas trop vite parmi les instinctifs. Prenez le temps d’examiner la chose. Saint Thomas d’Aquin enseignait à chercher Dieu dans l’observation de la réalité et non dans des principes abstraits. Vous savez maintenant que le ponge avait la faculté de créer un monde à partir de rien, ou plutôt de le tirer de lui-même : ce pouvoir démiurgique, de toutes les définitions de Dieu, n’est-ce pas la plus propre ? Vous trouverez à son sujet dans la littérature bien d’autres choses surprenantes. Peut-être peut-on le ressentir, mais non pas le connaître – comme Dieu lui-même. Quoi qu’il en soit, tout le monde s’accorde sur un point : un philosophe ne peut pas penser le monde de la même façon avant et après le ponge. On doit désormais substituer à la triste monade des Anciens cette triade : l’être, le semblable et le néant.

Je ne fais qu’effleurer le sujet. On peut en remplir des pages sans l’épuiser, on peut le ressasser sans croire jamais l’atteindre. Essayez de le deviner, de le faire revivre, de le comprendre, ce n’est jamais lui. Mais si, justement ! Attachez-vous à votre sujet, retournez-le en tous sens, le ponge se manifestera par bribes, comme le monde dans l’œil de la mouche. Que vous optiez pour l’une ou l’autre des deux méthodes que je disais tantôt, soyez modeste, vous n’êtes pas les premiers à vous y essayer, ne visez pas à la totalité. Soyez limités mais précis. Songez aux aquarellistes du cabinet de Gaston d’Orléans, dont vous trouverez tous les albums au Muséum ; ils s’attachaient à peu de chose, une fleur, une plume, l’aile d’une mouche, mais ils ont ensemble construit tout un monde dont le panorama nous réjouit et nous enseigne encore : comme s’ils nous avaient montré ce que nous regardions chaque jour sans le voir. Suivez leur exemple.


 

(Boniface)

 

Un jour de la fin de l’été, Anno Domini MCCCLVIII die prima septembris, un peu avant l’aube, Boniface Roero gravit les premiers contreforts du Rocciamelone. C’est alors le plus haut sommet du monde. Les moines de Novalèse, rendus furieux par le fœhn qui tombe des cimes, avaient en vain tenté d’y porter le Christ : le vent et la grêle l’avaient honteusement repoussé. Boniface grimpe sans hâte et sans trêve, d’un seul souffle, et le soir il atteint le faîte. Là, dans une niche improvisée de pierres sèches, ses porteurs déploient un triptyque de bronze. On y voit une Vierge aux traits maladroits, le sein nu, tenant sur son bras un enfant qui lui pétrit le menton. Un centaure est à sa droite, en caparaçon : Saint-Georges, la lance enfoncée dans la gueule d’un dragon qui se convulse. Un autre saint est à sa gauche, au milieu de grands feuillages : Jean-Baptiste, patron des chevaliers de Malte, dont on voit la croix dans un écu. Il présente Boniface à la Vierge.

Depuis des siècles, les cimes étaient abandonnées aux dieux païens, qui y avaient subsisté au milieu des brouillards et des neiges. Le fœhn portait parfois jusqu’au bas de la vallée des rumeurs étouffées, des feulements, des grognements rauques. Les truies des antonins, dans l’abbaye de Ranverso, se dressaient alors dans leurs stalles, le groin frémissant, et tournées vers la montagne aspiraient goulument le vent qui traversait les claies. Mais loin des hommes les dieux se perdent. Ceux-ci avaient dégénéré, des formes monstrueuses les avaient disgraciés, des goitres, des kystes mammaires, des cals et des cornes, et leur méchanceté s’était accrue en proportion. On les voit sur la fresque des Vices et des Vertus de Novalèse : longue queue écailleuse, membres griffus, tête humaine aux formidables mâchoires. Ils ne se risquaient pas dans la vallée, mais certains hivers, quand la neige dévalait des sommets et que gelaient les sources, on avait relevé leurs traces à Mompantero, à Boschi incantati, au-dessus des vignes et des prairies. Ils persécutaient les ermites et les voyageurs égarés, et les pâtres renonçaient à poursuivre leurs bêtes enfuies sur les pentes.

Boniface est un guerrier. Il a combattu les infidèles en Orient et le Triomphateur l’y a retenu prisonnier. Après deux ans, il s’est mis à genoux pour prier la Mère de Dieu : il lui a promis une image d’or incrustée de gemmes, si seulement elle veut bien le délivrer. Il a juré de la porter sur son dos jusqu’au sommet du Rocciamelone, d’en chasser les démons et de l’y installer dans une chapelle. Elle l’a entendu, ils ont topé là. Revenu à Suse, il convoque le meilleur artisan de la Savoie et lui passe commande d’une image dorée de sa maîtresse. On affuble la belle d’une toge romaine, l’artiste l’observe longuement, un sein menu s’échappe de l’entrebâillement du drap, et Boniface souffre de ce désir mêlé de jalousie qui pique comme le poivre. Enfin, les trois plaques de cuivre sont gravées et réunies. Boniface quitte Suse au petit matin, en grand appareil, l’image repliée juchée sur le dos, comme il l’a juré, et lui juché sur le dos d’un mulet. Deux sergents le précèdent et trente hommes de main le suivent. Ils montent par les sentiers de pâture, puis ce sont de légers layons dans la forêt, puis plus rien : des herbes rases, des marécages suspendus, des éboulis de pierres. Boniface jure tout haut et se repent tout bas. La montagne est sans carte, il faut aller au jugé en visant une pointe qui sans cesse s’éloigne. Le soir, enfin, il y est. Il devine en bas, dans l’échancrure des brouillards, les petits champs clos de la Val Cenischia, et au nord, au-delà des aiguilles blanches, l’Allemagne enfouie dans les brumes.

Les historiens du diocèse font la moue et secouent le menton. En 1358, quand on le dit prisonnier en Orient, Boniface était à Bruges. Il a des établissements dans toute l’Allemagne, dans la Suisse et la Flandre, il a passé deux ans en voiture, allant de comptoir en comptoir, prenant des accords, réglant des litiges, négociant des traites avec les princes et les hobereaux. Il a prêté deux cent ducats à l’archevêque de Mayence pour orner sa cathédrale, et deux mille florins d’or au brugemaistre de Bruges pour accroître ses remparts. Les affaires ont été bonnes, il revient à Suse, qui l’a presque oublié. Il lui faut se rétablir dans sa puissance. Il dédie à sa fortune une figure de cuivre jaune incrustée de pierres colorées, et la mène en cortège sur les pentes du Rocciamelone, où nul encore n’a osé mettre le pied. Il monte en triomphe, le triptyque grand ouvert dressé sur le dos d’une jument, qu’il a fait revêtir d’un drap de soie blanche galonné d’or, comme une femme. La soie lui a coûté plus que la figure, qui flamboie pourtant dans le soleil levant mieux que l’or et les gemmes. Voyant ces ailes rayonnantes battre sur la croupe immaculée, moines et bourgeois en spéculent le prix à partir de la soie, et en déduisent la fortune de Boniface : et ils ôtent leur chapeau, comme à un saint qui passe, à qui la Vierge ouvre le chemin vers l’au-delà.

Une chronique du Piémont tombe un jour dans les mains de Michon. La légende s’empare de lui. Boniface, il le voit sans effort : le pèlerin lui ressemble un peu, plus jeune peut-être, mais chauve comme lui, et tout vêtu de noir. Il gravit lentement les versants de la Rochemelon, le triptyque sur l’épaule, replié dans un étui de cuir, comme un livre. Un prêtre le suit, et un maçon qui conduit deux ânes chargés de chaux. Le chemin serpente dans les forêts, puis ce sont des prés escarpés fleuris de gentianes, des creux humides où hommes et bêtes s’enfoncent au genou. Le brouillard bientôt les enveloppe, ils errent au milieu des lapiés. Des gémissements s’échappent des rochers, des plaintes animales, comme d’une femme en travail, et Boniface, qui a affronté sans sourciller Orhan et Mahomet, se sent frémir honteusement. Michon songe au parti qu’il pourrait tirer du vieux récit. Il compulse les encyclopédies, s’instruit de la géographie de la vallée et des premières explorations alpines, recense les établissements des Roero, leurs vignobles dans le pays d’Asti et leurs banques dans le nord. Il remplit de notes un petit carnet à élastique recouvert de moleskine noire : des citations dans trois langues, des noms de princes et de banquiers, les monnaies en usage et leurs valeurs. Il dessine à main levée l’image d’un dragon assaillant un voyageur égaré, copiée d’une vieille encyclopédie allemande. Il songe longtemps à son affaire.

Il est au bout du carnet, il essaie maintenant d’oublier tout cela, qui n’importe pas. De ces feuillets griffonnés de notes allusives, tirer trois pages bien nettes, gravées à la pointe sèche, comme sur du cuivre. Il s’efforce d’être Boniface, le banquier des Flandres, qui montre peu pour signifier beaucoup, et le croisé qui triche un peu mais s’acquitte en acte de ses mots imprudents. Il s’efforce d’être la montagne vierge, où des dieux mystérieux vous soufflent au visage une langue inarticulée, qui trouble inexplicablement. Il cherche l’harmonie qui donnera un sens au récit. Il hésite. À quoi bon s’astreindre à la solitude, si c’est seulement pour dresser des images ?



Critiques

Cet ouvrage est un beau et foisonnant hommage aux fameux Lagarde et Michard, chers à certain(e)s, et surtout à la Littérature, la vraie. (...) Je ne sais combien de temps il a fallu à G. Cartier pour écrire ces textes, mais le résultat est impressionnant. (...) On ne peut qu'admirer le talent de Gérard Cartier à écrire tous ces récits de style, d'époques, d'ambiance si différents. Comment ne pas noter pour soi quelques phrases pleines de poésie. L'ouvrage finit par être plein de signets souvenirs. C'est là que peut venir une certaine difficulté à entrer dans cet ouvrage tant il est plein de références, de richesse. Mais une fois que le pli est pris et si l'on a décidé de prendre tout son temps, quel régal !      Dédale (Biblioblog, Site de critiques littéraires - Janvier 2012)

 

...on ne pourra être insensible au charme de l’invention des récits et des ambiances, au charme des fictions douces et simples qui accompagnent les auteurs suscités dans leur univers intime, que l’on quitte plein d’impressions. Quoique ancré dans la référence, ce livre est bien une œuvre d’imagination, et d’imagination puissante....       Maëlle Levacher (Site Le Babillard - Mars 2017)

 

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