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À paraître...


« L’historien est un prophète tourné vers l’arrière » dit Walter Benjamin. Il s'agit donc du passé, de ce que l'on en sait, de ce qu'il faut inventer pour l'approcher. On y voit un collectionneur de jeux de l’oie ; un mystère à percer ; un chantier de tunnel et le mouvement No-Tav du Val de Suse ; un rescapé de Vichy en fuite ; des aventures amoureuses ; l’anéantissement des maquis du Vercors ; une enquête sur Mireille Provence (« l’espionne du Vercors »).

L'Oca nera
Roman
(La Thébaïde, janv. 2019)


...Il sort d’un tiroir une grande liasse informe reliée par un cordon, aux feuillets remplis d’annotations tracées à l’encre bleue d’une fine écriture appliquée. Les années y ont laissé un peu partout leur empreinte, marques de doigts, taches de café, auréoles de cigarettes, comme si la vie du libraire était rassemblée là, condensée dans ces signes dérisoires, toute une vie d’attente, de transactions fébriles et de passions secrètes transcrites en langage codé en regard des articles de son catalogue. Il feuillette un instant la liasse en tous sens, comme au hasard, puis son doigt s’arrête sur une courte liste dont toutes les lignes sont biffées, à l’exception de deux : Gioco dell’oca del Risorgimento et Gioco dell’oca nera, cette dernière mention complétée dans la marge d’un énigmatique         BOI         – « Non, me dit-il après un moment, c’est le seul que j’aie. »...


... et dans l'atelier


Un premier état de ce texte d'humeur contre l'invasion du globish, La langue est un combat (ou De la servitude volontaire...), a été publié dans la Guillotine de la 23e Secousse. À paraître (Obsidiane, 2019).

Pump to fit ! Du volapük
ou
Le perroquet aztèque
Guillotine


Il ne restera bientôt plus que les amateurs de pétanque pour s’exprimer en français. À moins que soucieux de donner à la discipline une extension mondiale (...) et, suprême consécration, d’en faire un sport olympique, à moins, donc, qu’un coach avant-gardiste ne décide de passer brusquement de Pagnol à Peter Mayle en épiçant d’anglais la communication de la FFPJP (Fédération française de pétanque et de jeu provençal). Et l’on verra alors, sur les esplanades du Midi, des petits vieux en espadrilles et panama s’apostropher sous les platanes dans une langue qu’on ne comprendra plus : « Hey, fool ! Tu shootes ou tu rolles ? Hiiiiit ! ils vont la kisser, la Meetoo ! »...


Ce carnet abrite le journal d'écriture de L'Oca nera.

Le carnet à spirale Le carnet à spirale
Journal de L'Oca nera


9 mars 2012. Turin, la ville aux trois visages : la capitale de Victor-Emmanuel, la cité métaphysique de Chirico, la sombre mégapole de la FIAT. Lui donner un centre secret. Parmi tant de lieux propices qu’elle ne dévoile qu’aux flâneurs, aucun plus prompt à animer l’esprit que la serre de la Galerie Subalpine qui, de l’angle des portiques de Piazza Castello, conduit à la petite place pavée où se dresse la statue équestre de Charles-Albert – là même où un soir d’hiver, posant sa joue sur celle d’une jument ignoblement fouettée, mêlant ses larmes à celles de la bête, Nietzsche a perdu la raison. Tout pourrait commencer là. Au cinéma Romano. Ou dans le cénotaphe de la Confetteria Baratti & Milano p. t. E. Ou dans la librairie du juif.


Une variation sur Phèdre : dans le Grésivaudan, pays de litiges et de papeteries, et sous l'Occupation.

Le carnet à spirale Maria-Lach
Théâtre


Dans la pénombre d’un porche un fantôme. fille des rues, dévisageant les passants. ses yeux charbonnent dans la pénombre. une lueur parfois y fulgure. toi qui verse goutte à goutte le désir dans les yeux. ou bien pleure-t-elle ? l’enseigne du Θ      Ε   Σ la bleuit à intervalles, puis rien que la braise de sa cigarette. tout à coup, une ampoule s’allume sous le porche, comme si un dieu entrait en scène. un jeune homme, cheveux bouclés, jean moulant, mauvais genre. l’héroïne titube. son rire muet. la cigarette à ses pieds rougeoie. elle est dans ses bras, on ne voit plus que son visage adolescent posé sur l’épaule du garçon. ses lèvres bougent, une plaie rouge. elle parle sans voix, non à celui qu’elle aime, mais aux passants, à la rue, à la ville entière, comme ces comédiennes sur le bord de l’estrade apostrophant les ombres entassées au parterre. l’ampoule s’est éteinte. le garçon souffre, serré contre elle, sa main glisse. elle rit, un rire pénible, silencieux, figé dans le masque, qui suffirait à vous dégoûter de l’amour. il faut en être bien frustré pour que cette triste apparition semble un éden. le feu ni les étoiles n’ont trait si brûlant.


Le roman de Mara, une enfant qui grandit et découvre le monde, est un recueil à l'état d'ébauche depuis de très nombreuses années. Il faut laisser reposer la matière pour qu'elle se clarifie...

Le roman de Mara


Détournez-vous ! Baissez les yeux !             si beau
le monde           qu’on ne peut le fixer         sinon
d’un œil dans la fente d’un mur         que les mots
d’ici         vent flottant         ne savent le saisir
sinon         dans une brève étreinte...


Ce devait être un recueil pour les enfants ‒ peut-être en reste-t-il quelque chose ‒ et puisqu’il n’est pas, pour eux, de poésie sans mesure, des manières de sonnets. Votre âme, disait l’autre, est un paysage choisi. La mienne, près de la petite Romane, est une volière.

Romane aux oiseaux


Pensant à Guillaume c’est Lou que je vois
Son visage sa gorge ses hanches son
Qui sait qui va me lire un gamin égaré
Qui courra se déniaiser chez Kostrowitsky
Pensant à Guillaume je vois long et souple
Cet oiseau infirme engendré à la Chine
Qui ne peut seul hanter le ciel et veut
Une compagne incessamment      pihis pihis
Toi qu’un destin railleur n’a nanti que d’une aile...


Voilà un recueil qui s'est écrit en partie tout seul : de bribes, de reliquats de L'Oca nera. Et qui se développe « dans l’embarras des formes brèves » (Henri Deluy).

Passion posthume


Via Appia • seuls vivants entre les nécropoles
3 buveurs dans le marbre nous invitent
est-ce poison ou malvoisie • le pied
bute sur le seuil • la nuit nous couvre • chambre
nue • hôtel Cancelli Rossi • le râle au loin
des long-courriers • embrassés • comme ivres
entre les nuages •


Cela aurait pu être Les Indes ou Les Bains-Douches de la rue Philonarde. Il y sera question du monde et du théâtre, de la ville et du désert, de l'amour et de la solitude, de la musique et du silence...

Les Météores


                        ... Une page par jour
Se hâtant vers l’ultime syllabe Sans un regard
Vers le ciel glacé qui perce la lucarne
Et retient le corps de se corrompre Les toits nus
Les collines sous la neige comme perdrix tachées
Poursuivant une clarté fugitive Espérer
Et lutter contre la mort avec des mots qui laissent
Tout l’être douloureux...


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